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Beirut Design Week

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7e ÉDITION DE BEIRUT DESIGN WEEK «LE DESIGN ET LA VILLE» EN QUESTION

DU 22 AU 29 JUIN S’EST DÉROULÉE LA 7e ÉDITION DE LA BEIRUT DESIGN WEEK, ORGANISÉE PAR LE CENTRE DE RECHERCHE EN DESIGN MENA. «DESIGN ET LA VILLE», TELLE EST LA THÉMATIQUE DE L’ANNÉE 2018. COMMENT PENSER AUTREMENT LES LIEUX PUBLICS…

 

Expositions, installations, ateliers de travail, débat, parcours… D’année en année, la Beirut Design Week s’élargit, s’infiltre dans les interstices de la ville. Le design n’est pas qu’un outil de luxe ou de confort. Déjà l’édition antérieure avait pour thématique un questionnement: «Le design est-il un besoin?». Poussant encore plus loin ces interrogations, la thématique de cette année est centrée sur «le design et la ville». La participation active de la société civile dans le bien-être de la cité s’accroît, avec nombres d’initiatives et de campagnes de sensibilisation à retentissement politique. Pour accompagner tous ces efforts, Beirut Design Week se présente comme une plateforme de réflexions. Quels sont les éléments qui façonnent une bonne cité? Et comment le design peut-il influencer cette vision de la ville? Achrafié, Badaro, Jisr el-Wati, Bourj Hammoud, Centre-Ville, Hamra, Saïfi… les quartiers, les rues et les venelles de Beyrouth ont célébré durant une dizaine de jours cette 7e édition de BDW. Femme vous emmène dans un parcours croisé entre le parking de Mar Mikhaël et Beit Beirut. Un premier et long arrêt s’impose dans le grand parking de Mar Mikhaël, là où trônent trois installations publiques. Quand le vert croise la conscientisation de l’individu, focus sur deux d’entre elles.

LE JOUR OÙ L’HOMME
S’EST CRU SUPÉRIEUR À
LA NATURE.

 

SHAME ON US!
L’intitulé même de cette installation intrigue et son envers en arabe, en libanais, tout aussi frappant: Shame on us, signé Das Scharf et 21dB, en collaboration avec Mó, Greener on the other side et Loopstache. Les passants, ceux qui se trouvent là un peu par hasard, sans cibler BDW, venaient souvent vers les organisateurs, curieux de voir, de comprendre pourquoi. L’expérience sensorielle que propose Shame on us est prégnante et inoubliable. Elle nous met tous en cause, elle met celui qui la tente au pilori, cet instrument de torture médiéval dans lequel le condamné était placé temporairement en signe de peine, exposé au regard public. S’inscrivant un peu à contre-courant de la thématique de BDW, le projet se base sur des écrits de Fouad Bechawati (fondateur de 21dB), un ouvrage sur lequel il travaille depuis des années, et dont on peut entendre des extraits. Conçu en deux étapes, où le son, l’image et le mot se recoupent, Shame on us est axé sur la nécessité de vivre en harmonie avec la nature, sur l’impact de l’intelligence naturelle, humaine et artificielle. Une impression de sciencefiction, sauf qu’il s’agit de notre réalité. L’espace de quelques minutes, le visiteur, tenant lieu à la fois de créateur et de condamné, l’Homme, est plongé, attaché, dans un espace où images et sons traversent les années lumières, nous emportant deux millions et demi d’années en arrière jusqu’au brouhaha des villes et leur technologie de pointe, pour suivre l’évolution d’une espèce responsable de ses propres nuisances. Ce qui fut perçu comme un outil de progrès déclencha le processus inéluctable de l’évolution humaine, le jour où l’homme s’est cru supérieur à la Nature. Et puis il y a cette image de soi, que nous ne divulguerons pas pour ne pas gâcher l’expérience si jamais elle venait à se reproduire, cette image de soi qu’on n’est pas près d’oublier. Ce reflet de soi au pilori. Shame on us ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Il met chaque individu face à ses responsabilités. Le projet va même plus loin; il inverse la logique du pilori: d’une exposition collective elle devient une exposition introspective. Les dénonciations des actes humains contre la Nature sont de plus en plus récurrentes, mais il est facile de toujours jeter la faute sur les autres. La question que chacun est appelé à se poser se situe à l’échelle individuelle. Elle se situe au niveau de ce «je» brandi comme une arme: Qu’est-ce que je vais faire? Comment est-ce que je vais agir? Maintenant que les lumières de la honte ont été braquées sur moi, sur nous.

URBAN HIVES
Comment créer des espaces publics au sein de l’espace privé? Urban Hives de Nathalie Harb propose une alternative verte et utilitaire. Du basilic, du thym, de la menthe, du piment, des tomates, des concombres, des fleurs et des plantes diverses. C’est une simple pépinière, mais elle est unique, du moins son emplacement l’est; cette pépinière suspendue est un parking pour une voiture. Loin de la nostalgie d’un Beyrouth parsemé d’arbres et de verdure, décimé par la guerre et la spéculation immobilière, le projet de Nathalie Harb tranche par son côté pragmatique. Elle ne propose pas un projet utopique, mais un remodelage de l’espace urbain, entre sphères privées et sphères publiques. Son focus: les vastes terrains utilisés comme parkings privés, où règnent le bitume et le béton, et qui se sont progressivement substitués aux parcs et aux jardins systématiquement rasés. C’est au sein de ces parkings privés que seraient placées les ruches urbaines de Nathalie Harb. La ruche urbaine est l’équivalent d’une plate-forme un peu plus large qu’une voiture élevée sur un échafaudage en métal, peint en vert, et peu coûteux, permettant de garer une voiture. Sur sa surface supérieure se trouve un petit jardin, avec une section servant comme potager urbain. La multiplication de ces modules dans l’espace urbain créerait un large jardin commun duquel pourrons bénéficier les communautés locales, et mêmes les abeilles, vitales à la régénération de notre écosystème, et pourtant menacées, puisque chaque module est connecté à une ruche. Retour à Beit Beirut, ce lieu hautement symbolique de la guerre civile libanaise, devenu musée de l’histoire de la ville, où les oeuvres de multiples designers et multiples projets étaient exposés. culture URBAN HIVES.

 

«cette pépinière suspendue est un parking pour une voiture.»

 

CIVIL WAR LOVE
L’exposition Civil war love dresse, dans ses multiples strates, des ponts entre les générations, entre le passé et le présent, entre la ville et sa mémoire, avec l’amour comme seule arme. Roger Moukarzel, Patrick Baz et Georges Azar, trois grands photographes, photojournalistes de guerre dont les clichés sur la guerre civile libanaise notamment ont fait le tour du monde. Katya Traboulsi, Thierry Van Biesen, Gab Ferneiné, Yasmine Hilal, Andrea Terzain et Jules Bakhos, six artistes multimédias de la génération d’après-guerre s’approprient six photos des trois photojournalistes pour en faire germer une oeuvre où l’amour se substitue à la guerre. La force créative devient une re-création de la mémoire. Loin d’effacer un passé sanglant, cette initiative reflète le désir d’unité de la majorité des Libanais, aller de l’avant sous le signe du positivisme et de l’optimisme. Là, un couple qui se marie sous les bombes, ou un couple enlacé sur une civière, et là aussi des fleurs qui poussent entre les mains des combattants… L’amour est la seule arme qui peut cautériser les divisions sociales libanaises, brouiller les frontières et prévenir la répétition d’un schisme historique.

PUBLIC HEARING 1
«Le jour où ils ont assassiné Hariri à la voiture piégée, c’était le jour de la Saint-Valentin et j’avais prévu d’aller avec mon petit ami au café Mondo… On a eu un retard de 30 minutes… on aurait sûrement été tués là… Je crois que c’était aux alentours de midi… Le type de voiture? Celle qui contenait je ne sais plus combien de tonnes? Peutêtre une Honda. Ou une Mazda. Modèle 2004 peut-être. Couleur blanche…» L’installation Public Hearing 1, signée Joan Baz convie des témoins de voitures piégées à témoigner de leur expérience. Accompagnée d’une exposition de dessins de voitures de différents modèles et années, avec une calligraphie signée Khajag Apélian, Public Hearing 1 s’inscrit dans le cadre du projet de recherche CD-R mené par Joan Baz axé sur l’histoire des voitures piégés d’aprèsguerre au Liban.

GREENING BURJ AL-SHAMALI
Burj al-Shamali est un camp de réfugiés situé dans le sud du Liban. À l’instar des autres camps de réfugiés dans le pays, il est désigné par un espace gris sur les cartes géographiques officielles. Même si plusieurs organisations internationales ont créé des cartes de Burj al-Shamali, elles ne les donnent pas à voir au public pour des raisons sécuritaires. C’est là qu’intervient le projet Greening Bourj al-Shamali initié et mené par Claudia Martinez Manselle en collaboration avec les résidents de l’espace et les associations Beit Atfal Assumoud et Al Houla. À l’aide de simples ballons gonflables, les habitants de Bourj al- Shamali ont pu eux-mêmes participer au processus de création d’une carte géographique du camp, de manière ludique et créative à la fois. Les éléments qui ont été utilisés dans ce processus ont été exposés durant la Beirut Design Week, mettant à la disposition du public le résultat du projet: la première carte du camp. Dans son ensemble, le projet vise à améliorer les conditions de vie du camp à travers des actions vertes.

Nayla Rached ■

 

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Editorial

En quête de légèreté

L’été est bel et bien installé. Les saisons tourbillonnent, s’en vont et reviennent, et rien ne semble changer. Il émane de cette insoutenable pesanteur un intense besoin de légèreté, une envie insensée de décalage, d’apesanteur.

EXCLUSIF

DALIA JOUMBLATT. Sur le ton de la confidence

Surprenante Dalia Joumblatt, oiseau à la fois libre et totalement ancré dans le clan familial. Si d’elle émane une paix diffuse, elle a aussi ses doutes et ses préoccupations. D’un côté, elle trouve l’apaisement dans la nature et de l’autre, adore la musique trépidante des boîtes de nuit… Personnalité affirmée, Dalia Joumblatt a bien voulu jouer au jeu… de l’abécédaire, révélant son profond attachement au patrimoine, ses valeurs humanistes et ses curiosités diverses.